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Le Bassin de Thau - Languedoc pour imprimer l'article 
Ni mer, ni lagune, mais tout à la fois !

par Jean-Paul
article déposé le 03/09/2008
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Le Bassin de Thau

Il y a des pays dont on rêve d’y aller, des îles dont on voudrait fouler le sable blanc à l’ombre des cocotiers. Il y avait longtemps que j’y pensais, mais cette fois j’ai concrétisé ce désir et sans aller très loin : plonger dans l’étang de Thau !

Alors, d’abord où se situe Thau ?

Sur la côte du Languedoc, entre Sète et Agde dans l’Hérault, l’étang de Thau s’étire sur une vingtaine de kilomètres. C’est une "lagune", avec trois passages (graus) avec la mer Méditerranée toute proche. Le canal du midi traverse l’étang de Thau.

Voilà pour la situation géographique, l’étang de Thau est avant tout un lieu de cultures d’huîtres et de moules. Dans le port de Mèze, il y a de nombreux restaurants où on peut déguster ces mollusques ! Je recommanderai le restaurant « le Coquillou », pour savourer des fruits de mer, agrémenter d'un vin blanc local, le « Picpoul » !!

Qu’est-ce qui fait que Thau soit si attirant ?

De prime abord, lorsqu’on prend un masque et qu’on met la tête dans l’eau, c’est la couleur verte qui domine. En effet, de part sa configuration, l’étang a tendance à monter davantage en température que la mer voisine. Les micro algues vertes s’y développent en grande quantité d’où cette couleur verte.
L’étang de Thau constitue un écosystème original d’une part par les nombreux ruisseaux qui l’abreuvent en eau douce et en alluvion, et d’autre part, par les graus, poumons de l’étang, avec l’apport d’eau salée de la Méditerranée.
Originalité dans cette région : alors que la posidonie domine en Méditerranée, le fond de l’étang est recouvert d’herbiers de zostères (cousine de la posidonie) mais qui généralement poussent en Atlantique. On en trouve aussi en Méditerranée, mais plus rarement.
Il y a également des champs d’ulves qui ne sont pas des herbiers mais des algues. L’étang de Thau est donc une petite mer intérieure qui offre un refuge à de nombreux être vivants. Mais comme toute lagune, l’étang n’est pas un écosystème stable. Les paramètres comme la salinité, la température, la teneur en oxygène sont en perpétuel changement et fluctuent en fonction des saisons mais aussi d’un jour sur l’autre. Il suffit de quelques jours de canicule pour modifier la température et la teneur en oxygène.

J’ai pris plaisir à évoluer dans 4 à 6 mètres d’eau. Ici on ne recherche pas la profondeur. Mais plonger dans peu d’eau avec bouteille n’est pas si facile que ça ! De plus, il est fortement recommandé de ne pas palmer brusquement si on ne veut pas soulever un nuage de vase ou de détritus. Pour faire des photos, il vaut mieux être plongeur confirmé !

Dès les premières bulles, les herbiers zostères et les champs d’ulves s’imposent mais aussi toute une quantité de faune.
Sur le fond vaseux, les cérianthes prospèrent. Ils sont de la famille des cnidaires (animaux urticants) comme les anémones et peuvent avoir plusieurs rangées de tentacules de couleurs différentes. Sur les feuilles de zostères, de petites anémones sont fixées. Mais ce qu’il y a en grand nombre, ce sont les anémones vertes. On distinguera le bout des tentacules roses, et si on a de la chance, on peut trouver dans les tentacules ou au pied de l’anémone une petite araignée Inachus. C’est assurément l’instant plaisir !!

Autres curiosités animales, de la famille des ascidies, des clavelines transparentes, des ciones fluorescents, des ascidies blanches et une multitude de petits violets. On peut voir aussi des botrylles de couleurs blanche ou orange coloniser des bivalves et des rochers.

Dans les champs d’ulves, il n’est pas rare trouver des lièvres de mer, de la famille des mollusques mais sans coquille. Sinon pour les observateurs, il y a quelques espèces de nudibranches, limaces extrêmement petites mais de couleurs magnifiques. Toujours chez les mollusques, l’instant magique est la rencontre avec une seiche. Animal docile, la seiche est la championne toutes catégories du camouflage instantané !! Pas farouche, elle se laisse photographier et caresser. Dans les bivalves, l’huîtres sauvages est ici chez elle avec les moules. Mais on trouve également des pétoncles et des palourdes.

Chez les poissons, la rencontre avec une blennie paon vaut qu’on s’y attarde. Sa crête jaune devient éclatante au moment de la période nuptiale. Mais le poisson qui caractérise l’étang est la daurade royale. Aujourd’hui, il est difficile de l’observer car elle est abondamment pêchée. Dans les champs d’ulves ou dans les algues sargasses, on peur surprendre une anguille.

Enfin, l’instant qu’on espère tous de voir lorsqu’on plonge dans l’étang, c’est de trouver et d’observer des hippocampes. C’est un émerveillement, un instant de bonheur. C’est pour cette raison que l’Etang de Thau est attirant !
Souvent caché parmi les zostères, ou dans les champs d’ulves, on a l’impression qu’il est en train de dormir. Mais dès qu’on le prend, il se redresse et nage tranquillement. Ces yeux à facettes sont magnifiques. Très doucement, il va se déplacer pour se diriger vers une tige de spirographe pour enrouler sa queue préhensible.
Il faut savoir également que lors de l’accouplement, la femelle dépose ses ovules dans la poche ventrale du mâle et qu’il les féconde. Cela veut dire que les œufs vont devenir hippocampes dans cette poche. Le mâle se promène donc avec un gros ventre. Puis en fin de « gestation », il expulse les petits hippocampes déjà formés !! Malheureusement, dès leur sortie, ils servent de nourritures aux prédateurs qui passent à coté. Un petit nombre en réchappe pour perpétuer l’espèce !!
Dans une heure et demi de plongée, il peut arriver de ne pas en trouver.
Et n’oubliez pas cette maxime, les animaux sont ici chez eux, nous ne sommes que des visiteurs.

J’ai rencontré Pascal, plongeur professionnel, qui forme, qui partage sa passion de la plongée dans l’étang de Thau. Son site est très bien :
http://www.osezplonger.fr/

Mais il y a un revers de la médaille que je ne voudrais pas écrire et qui pourtant me révolte. Les abords de l’étang sont des dépotoirs où certains déposent des gravas ou autres détritus au lieu d’aller en déchetterie. Cela ne devrait plus exister de nos jours. La pollution guette l’étang à tout moment. Au fond, des machines à laver, des voitures, des pneus sont très vite colonisés. Mais quelle tristesse !!

L’étang de Thau est avant tout un lieu de travail où plus de 2000 tables conchylicoles occupent la surface pour la production d’huîtres et de moules. Il y a également la pêche à la palangre et au filet. L’étang est également un lieu de passage puisque le canal du midi le traverse d’Est en Ouest.

Alors ce n’est pas demain que l’étang de Thau sera classé en parc régional !!

Il est certain que j’y retournerai, pour faire découvrir cet écosystème où les passionnés de biologie marine pourront, comme moi, s’émerveiller !

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