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La rafle - Roselyne Bosch - 2010 pour imprimer l'article 
Plus jamais ça ! (Film)

par Jean-Paul
article déposé le 18/04/2010
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La rafle

Il y a des films comme Indigènes ou la Liste de Schindler qui marquent les esprits, pas seulement par l’histoire ou la performance des comédiens et des comédiennes, mais par la valeur morale qu’ils dégagent, par leur intensité véridique, par leur sens profond de perpétuer les mémoires pour que cela ne se reproduise plus !   

La rafle fait partie de ces films qui dans un premier temps raconte les faits tels qu’ils se sont déroulés et dans un deuxième temps dénonce cette partie de notre histoire commune dont nous ne pouvons pas être fières !
Roselyne Bosch filme d’abord le Paris des années 1940 autour du quartier de Montmartre, la vie de ses habitants, les baraquements en bois, les immeubles avec leurs cours intérieurs, les petites rues où les enfants jouent ou vont à l’école. On ne se croirait pas en guerre. Et pourtant le film commence par un documentaire qui montre Hitler en train de visiter Paris. Puis, on sent une tension. Au détour d’une rue, une boulangerie affiche sa devanture : « Ici boulangerie aryenne ». Des enfants, des adultes portent une étoile jaune sur leurs vêtements. Oui, nous sommes bien en 1942 sous l’occupation allemande.   

Roselyne Bosch nous montre la détermination d’Hitler et d’Himmler par rapport à ce qu’ils appellent la « question juive » et cela sous forme de vacances, de nonchalance, de fêtes avec cocktails. Elle nous montre les raisons politiques qui poussent Pétain et Laval à aider les Allemands. Elle nous montre l’intervention diplomatique américaine sur le rôle et la complicité de la France dans cette opération.
Elle nous montre le fichage, l’organisation matérielle et administrative de la préfecture de Police de Paris, la mise en place de la police française qui dès 4 heures du matin le 16 juillet 1942 ont entrepris l’arrestation de tous les Juifs, hommes, femmes, enfants, vieillards, hospitalisés dans les asiles ou hôpitaux. Elle décrit la brutalité, la méchanceté de ces policiers et miliciens.   

Mais surtout, dans cette sauvagerie, elle met en évidence les efforts de solidarité et d’aide de certaines personnes pour éviter le « pire », car pour certains voisins ou voisines, témoins de ces atrocités, sans savoir les conséquences de ces arrestations, ils vont cacher des enfants, des adultes, prendre des enfants sous leur propre nom, ou aider une personne à échapper à la rafle.

Puis c’est la description du vélodrome d’Hiver, situé dans le 15ème arrondissement et détruit en 1959. Pendant plusieurs jours, les familles arrêtées seront retenues dans ce lieu dans des conditions inhumaines. Ne l’oublions pas, c’est un été 42 chaud et l’état sanitaire est déplorable, cela malgré l’effort de la Croix Rouge et des Pompiers de Paris.   

Roselyne Bosch, dans un communiqué, explique : « Je suis tombée sur des interviews radio et télé d'une infirmière qui, à la fin de ses jours - elle est morte en 1995 - avait accepté de raconter ce qu'elle avait vu, confie la cinéaste. Annette Monod, envoyée au Vel' d'Hiv', s'est rendu compte de la catastrophe sanitaire en cours, de l'injustice. Elle a organisé l'arrivée des internés dans les camps du Loiret, elle est restée avec eux, elle a même envisagé de partir avec eux, sans savoir que c'était pour les camps de la mort. Quand elle l'a appris, elle a été hospitalisée quatre mois. Mais elle n'a jamais abandonné sa mission. A la fin de la guerre, elle était au Lutétia pour accueillir les survivants. Aujourd'hui, elle fait partie des "Justes parmi les nations", ces non-Juifs qu'honore Israël pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre. Une femme incroyable : après guerre, elle est devenue visiteuse de prison pour les condamnés à mort, jusqu'à son abolition en 1981. A sa retraite, elle a milité pour Amnesty International contre la torture. J'aurais voulu en savoir davantage, mais elle est morte sans enfant. Je lui dois aussi le petit garçon que j'ai baptisé " Nono ", qui ne veut pas monter dans le train... c'était son protégé. Il s'appelait Jacquot, il avait 3 ans, et elle n'a jamais su son nom de famille. Lorsqu'on l'a mis dans le train, il criait : " Je veux descendre, je ne veux pas rester dans le noir ! ", toutes ces phrases que j'ai fait dire ensuite à "mon" Nono. "
Puis elle continue et raconte comment elle a trouvé " son " enfant principal, Jo Weismann, ce survivant dont elle voulait faire l'un des héros de son film : " C’était dans un documentaire qui datait de 15 ans. J'étais découragée. Je me suis forcée à voir ce xième document. Puis, soudain, j'entends un homme, Joseph Weismann, dire : " On vivait à Montmartre ... On était rue des Abbesses, on est venu nous chercher... Trois ou quatre jours plus tard, on nous a emmenés à la gare d'Austerlitz... Et puis, on est arrivés dans le camp de Beaune-la-Rolande". Non, ce n'est pas possible ! Le seul cas d'enfant qui a survécu au camp que je connaisse, c'est un bébé de 6 mois qu'on a caché dans une soupière pour le faire sortir. Joseph Weismann poursuit. " J'ai trouvé un copain qui s'appelait Joseph Kogan et on a décidé de s'évader, on est passés sous 5 mètres de barbelés ". Submergée par l'émotion, je l'entends dire : " Si quelqu'un, un jour, fait un film sur ce qui nous est arrivé...", et puis il se reprend : " Non, je pense que personne n'osera, on est hors de l'humain ". C'était lui ! Bien sûr, tout de suite, j'appelle Serge Klarsfeld qui me dit qu'il n'en a jamais entendu parler. "   

Dans cette déposition, Roselyne Bosch nous montre jusqu’à quel point elle cherchait la perfection et surtout la vérité et de pouvoir l’exprimer.
Les actrices et acteurs sont excellents : Raphaëlle Agogué, Sylvie Testud, Catherine Allegret, Anne Brochet, Mélanie Laurent dans le rôle d’Annette Monod, l’infirmière, Gad Elmaleh, Hugo Leverdez dans le rôle de Jo, Jean Réno dans le rôle d’un médecin juif.

C’est un film historique, sans prétention, pour que la mémoire reste présente. Il y eu 13 152 arrestations. Tous partirent vers le camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne.
Le 17 juillet 1994, un monument commémoratif de la rafle fut inauguré à l’emplacement du Vél’ d’hiv, le long du quai de Grenelle.
C’est un film à voir, et on ressort bouleversé !

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