par Frédéric article déposé le 28/05/2010 lu 152 fois
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Dans ma tête, faire grandir une idée, ce n’est pas transformer une petite bille bien ronde en une grande sphère aux proportions harmonieuses, ce n’est pas laisser l’air s’engouffrer dans une bulle pour qu’elle devienne aérienne et légère. Non, dans ma tête, quand une idée grandit, elle devient envahissante, biscornue et opaque. Oui, je sais, ça fait peur, il y a un côté monstrueux un peu. Je fabrique des Frankidéenstein.
Au début, ça n’a l’air de rien, l’idée est toute gentille, comme un petit animal de compagnie dont le comportement en mon sein serait totalement maîtrisé, un pur bonheur. La chose est docile, agile, parfois inventive et constructive. All the best. Mais la gangrène veille, rôde, assiège puis attaque. Alors l’idée se déforme, enfle, grignote l’espace mental en puisant sa matière organique au cœur de mes angoisses. Et là, ça devient effrayant. Moi, au dehors, je suis possédé, je deviens mon idée, fixe pour un temps certain et indéterminé. Dit autrement, je deviens insupportable, incapable de traiter sereinement ce qui n’est pas l’obsession du moment.
Parfois, elle est douce, comme le choix d’un hôtel pour les vacances, la fin du roman à réécrire, une jolie rencontre, un gâteau à préparer (oui, même ça), mais parfois, elle n’est pas douce du tout, et en ces heures-là, mon entourage mérite amplement la sanctification. Donc voilà, j’obsessionne. Ca peut durer une heure, un jour, une semaine, jusqu’à l’épuisement mental, le bout du bout des raisonnements possibles, le décrassage intégral des hypothèses, le récurage dans les coins de mes logiques extravagantes. Le bout du bout. Puis, je m’écroule, vidé par l’analyse absolue de la situation. Alors, l’idée se dégonfle, reprend une forme inoffensive, de petite bulle souriante et légère.
Ouah… Vraiment, ça colle les chocottes, rien que de le raconter. C’est sans doute un peu inné parce que ma sœur est dingue aussi déjà de ce point de vue-là, mais inné ou pas, c’est quand même là. Bref, ensuite, la vie reprend un cours normal, et l’idée devient alors une chose lointaine, presque abstraite, au point que si on m’en reparle, hé bien, ça me prend la tête, en véritable ingrat que je suis ! Bon, là, précisément, je suis entre deux obsessions et tout va bien ! Je vous embrasse tous !
(Illustration, oeuvre d'Osman Dinç)
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