B o n j o u r
Dans ce qui suit, les paragraphes précédés d'un smiley ne sont pas de moi (voir lien). Le reste si...  

 
1 heure plus tard : Argh j'avais commencé ce message dans l'optique de citer simplement quelques ouvrages de référence en rapport avec la journée de la femme et voilà que je digresse, je digresse... on ne se refait pas !
2 heures plus tard : ça n'a plus grand chose à voir avec un message consacré aux livres...
3 heures plus tard : je parlerai plus des bouquins listés en fin de message une autre fois...
Cela fait une bonne quinzaine d'année que je suis convaincue de 2 choses à travers mes lectures, mes discussions et ma propre expérience :
1 - très shématiquement, le degré d'évolution d'une société se mesure au degré d'intégration des femmes au sein de cette société et toute dégradation de la condition des femmes est un signe de dégradation globale de la société et, inversement, en cas de problème, détérioration des conditions économiques ou autres, sortie de conflit, etc, les premières "victimes" sont les femmes,
2 petits exemples français et contemporains
a) Quand le chômage augmente, le taux de chomage féminin augmente plus vite que celui des hommes.
b) De nos jours dans les banlieues (et pas seulement) certaines lycéennes s'habillent de - en - comme elles veulent et masquent de + en + leur corps sous des vêtements informes tandis que d'autres filles arborent des tenues de + en + provocantes voire vulgaires (cf la mode incarnée par les lolitas de la chanson de Britney Spears à Chritini Aguillera en passant par Pink ou Ophélie Winter et les stars fabriquées par des programmes télé comme Loft Story ou Star Academy). D'un côté on nie le corps, de l'autre on l'exhibe ! Le choix entre la transparence-négation et la transparence-objet ! Dans les deux cas quid de l'être humain ?
Un best-seller comme BACKLASH de Susan FALUDI sous titré "the undeclared war against american women" et publié en 1991, étudie très bien le phénomène aux Etats Unis pendant les années 80 (administration Reagan) par rapport à la décade précédente à travers différents thèmes (ou "signes") :
- dans la culture populaire (les media, les films, la TV, la mode, la beauté),
- dans la politique
- dans ses effets sur la vie économique et sociale
- dans l'accès à l'information (notamment celle liée à la contraception) ou l'application du droit aussi.
2 - Pour diverses raisons qu'il serait un peu long de détailler, les femmes et non les hommes sont les vrais moteurs d'intégration de minorités ethniques dans une société donnée et pourtant les mesures en faveur de cette même intégration les négligent très souvent que ce soit en matière d'alphabétisation, d'éducation, de culture, de sport, etc.
Il se trouve que ce ne sont pas seulement des convictions profondes et personnelles, ce sont de plus en plus des faits avérés, étudiés, analysés et on commence seulement à les évoquer de temps à autres notamment au sens d'associations comme SOS racismes ou Mix-cités ou par la bouche de certains responsables politiques de tous bords et pas seulement des femmes. Il faudrait donc que ces mêmes responsables politiques comprennent au niveau local que construire des terrains de foot dans les cités c'est sans doute bien mais que cela ne suffit pas, loin de là, et que, d'une certaine manière, cela ne fait que conforter certains clivages qui font qu'un homme a "traditionnellement" une vie sociale portée vers l'extérieur, l'action et la fraternisation, très bien symbolisée par l'activité sportive, tandis qu'une femme reste isolée et ne sort pas.
 

  La situation concernant les droits des femmes s'est, en effet, nettement dégradée en banlieue ; ces dernières années, les cités sont pensées au masculin, dans les loisirs (construction des terrains de foot) comme dans la règle sociale (recrudescence des mariages forcés, obsession des familles autour de la virginité des filles, augmentation du nombre de filles voilées, violences, viols et insultes contre les filles "émancipées"). (site France5 - lien ci-dessous)
A côté de cela il y a 2 choses en apparence anecdotiques dont je ne sais pas quoi ou plus quoi penser et sur lesquelles je me pose de plus en plus de questions. Sont-elles des signes d'oppression ou de libération des femmes ?
1 - les élections de Miss
On peut rire ou s'énerver en France de la grand messe annuelle orchestrée par la société de Production Endemol (Arthur) et présentée par Jean-Pierre sur TF1, on peut s'agacer des fréquentes apparitions des tailleurs et chapeaux noirs et blancs de Geneviève de Fontenay sur tous les plateux TV de France et de Navarre, on peut aussi apprécier le "spectacle", les robes de princesses, les jolies coiffures, les belles filles... Après tout si ça fait rêver ma mère et quelques autres, si ça procure un certain plaisir voire un plaisir certain ???
Il n'en reste pas moins qu'au salon de l'agriculture aussi on procède à des défilés et à des élections : cette année les lauréats s'appellent par exemple Racine (la plus belle truie élue en raison de ses formes harmonieuses de son nombre réglementaire de tétines et de sa propension à enfanter des portées de porcelets charmants), John (âne beau comme un coeur et particulièrement intelligent qui obéit à la voix de son maître), Norvégien (le plus gros taureau) ou encore Linotte (la vache la plus lourde du salon).
Les Miss France sont-elles des animaux de foire ? des potiches ? des sourires sans cervelles ? sont-elles des ambassadrices réelles ou proclamées ? et si oui de quoi ? sont-elles des ambassadrices de la beauté, du bon goût et de la féminité comme le prétend le comité Miss France ? sont-elles représentatives de "la jeune fille française" avec tous les sous-entendus et les préjugés moraux assortis à cette affirmation (officiellement les Miss ne sortent pas, ne boivent pas, ne fument pas, commencent à avoir un embryon d'éventuelle vie privée et sexuelle reconnue)... ?
Il semble bien que de depuis quelques années le profil des jeunes femmes élues évolue. Elles sont plus agées, plus diplômées, plus autonomes par rapport à leur chaperon chapeauté... C'est un fait intéressant je trouve... mais jusqu'où ?
Les Miss sont-elles un signe de libéralisation des moeurs et donc de la femme (car c'est lié vpire confondu) ou au contraire une exploitation de cette dernière traitée en femme-objet, exhibée en maillot de bain ? Je ne me posais même pas la question et condamnais en bloc ce type d'élection jusqu'aux émeutes qui ont fait plus de 200 morts au Nigéria l'an dernier au moment de l'élection de Miss Monde qui devait être organisée dans ce pays puisque la précédente gagnante était Nigérianne, avec la bénédiction et mêmes les encouragements de son présidents qui y voyait un moyen de promouvoir l'image de son pays.
Seulement voilà, pour des raisons diverses et variées, politiques, économiques, religieuses, pour un article de journal mal interprété dans un pays instable et exangue, des émeutes sanglantes ont eu lieu et les Miss sont allées se faire voir (et élire) ailleurs (à Londres). Certains ont dit que c'était une provocation scandaleuse de faire une telle élection dans un pays aussi pauvre. Peut-être mais où jugeait-on qu'il y avait provocation ? dans le gaspillage et l'étalage de richesses dans un pays de crève la faim ou dans l'étalage de chairs féminines dans un pays profondément musulman ?
Je ne peux m'empêcher de me demander si l'argument aurait été avancé s'il s'était agi de l'organisation d'une manifestation sportive et masculine... A ma connaissance le rallye Paris Dakar passe dans des pays où règnent la misère, la maladie et l'insécurité et certains contestent sa raison d'être à ce titre mais je n'ai pas le souvenir qu'il ait jamais été dérouté vers la norvège, la suède ou quelque autre endroit que ce soit... Miss France 2002 a déclaré qu'elle ne serait pas allée dans un pays qui nie le droit des femmes de participer à un tel concours.
2 articles très intéressants sur le sujet figurent dans les archives de Libération et surtout du Monde où on apprend :
http://www.liberation.com/page.php?Article=69403
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3210--299381-,00.html
 

  Le président Obasanjo et la tolérance religieuse sortent perdants de l'épreuve de force. Le chef de l'Etat, un chrétien du sud qui a été élu, en 1999, avec les voix musulmanes du nord, s'est mis à dos une grande partie de son électorat, à six mois d'élections générales. Sa défaite est d'autant plus symbolique que c'était déjà à Kaduna, en février 2000, qu'une bataille religieuse autour de l'introduction de la loi islamique s'était soldée par la victoire des partisans de la charia, désormais en vigueur dans 12 des 19 Etats de la Fédération nigériane. Les violences avaient alors fait plus de 2 000 victimes. Depuis, l'imposition des châtiments corporels prescrits dans la Coran est devenue un feuilleton politico-religieux. Deux femmes condamnées à mort par lapidation pour "adultère", ayant conçu des enfants hors mariage, n'ont pas été exécutées. Mais leur cas a dressé, les uns contre les autres, musulmans et chrétiens nigérians, ces derniers trouvant un fort soutien dans l'opinion occidentale. Le gouvernement du président Obasanjo s'est engagé à empêcher la mise en application de la charia dans toute sa rigueur pénale. Mais il sort affaibli d'une mauvaise querelle autour d'un concours de beauté qu'il a voulu organiser dans la période sacrée du ramadan.
Depuis, une 3e femme 3e femme a été condamnée à mort au Nigeria pour avoir conçu un enfant hors mariage. De son côté, l'homme avec qui elle vivait aurait été relâché après avoir juré sur le Coran qu'il n'avait pas eu de relations sexuelles avec elle. Il semblerait qu'au Nigeria on n'ait jamais entendu parler de l'Immaculée Conception... bon, OK, c'est de mauvais goût mais je n'ai pas pu me retenir. Amina Lawal (la condamnée) sera théoriquement enterrée vive jusqu'aux épaules et lapidée jusqu'à ce que mort s'en suive dès que sa petite fille de 8 mois sera sevrée... Un nouveau procès aura lieu fin mars.
http://www.amnestyinternational.be/doc/article.php3?id_article=1908
Bien sûr Amina Lawal n'est que la partie visible d'un iceberg de terreur contre les femmes qui meurent tous les mois sans par pendaison en afghanistan ou assassinées par leur famille en Jordanie pour des raisons similaires ou pour avoir été violées et sans que quiconque ne s'en préoccupe vraiment. Dans certains pays la violence conjugale est la principale cause de mortalité féminine et, dans l'ensemble des pays occidentaux, si la situation est meilleure, le phénomène est loin d'être en régression (en Espagne la violence conjugale connait une hausse alarmante et est plus meurtrière que l'ETA). Ce qui change, peut-être, c'est qu'on commence à en parler et à le combattre ; c'est déjà cela.
http://www.eurowrc.org/05.education/education_fr/20.edu_fr.htm
 

  En Espagne, la violence domestique a pris des proportions alarmantes : 91 femmes sont mortes par suite de mauvais traitements, en 1997 (Rapport officiel du Médiateur, Femando Alvarez de MIRANDA). En Finlande, une femme meurt tous les 15 jours pour cause de violence conjugale (Europolitique, du 2317, du 21 mai 199 

 . En Colombie, la violence conjugale sévit dans deux foyers sur trois (Ernesto SAMPER, Président de la République de ce pays, mars 199 

 . Au Brésil, en 1996, dans les États de Sao Paulo, de Rio de Janeiro et de Pernambouc, 762 femmes ont été assassinées par un proche, ce qui fait dire au sociologue Ricardo BARBOSA, coauteur d'une étude du Mouvement national des droits de l'homme, que " pour 80% des Brésiliennes, le danger n'est pas dans la rue, mais sous leur toit " (cité par Christian COLOMBANI, Le Monde, 1er juillet 199 

 .
http://www.eurowrc.org/06.contributions/2.contrib_fr/15.contrib.fr.htm
Dans cet article passionnant de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (sic !) qui dresse un comparatif des législations européennes en matière de violence conjugale et un état des lieux de leur application, on apprend par exemple :
 

  - qu'en Irlande du Nord, 40 % des meurtres de femmes sont commis par leurs époux, (...),
 

  - qu'en Finlande, 22 % des femmes interrogées en 1997 qui vivaient en couple disent avoir été victimes de violence physique ou sexuelle ou de menaces de violence par leur partenaire de l'époque.
 

  - En Grèce, une étude réalisée à Athènes a montré qu'un homme sur quatre entre 25 et 35 ans a battu sa partenaire au moins une fois, et l'Ecole Nationale de Santé Publique a estimé qu'une femme sur quatre qui se présente aux urgences a reçu des coups de son partenaire.
 

  - En Autriche, c'est une femme sur cinq qui est victime au moins une fois dans sa vie de violence physique de la part d'un partenaire.
La situation semble un peu meilleure en France puisque ce taux ne serait "que" de 1 sur 8 à 1 sur 10 si on peut dire.
Tout cela noue éloigne apparemment des Miss mais pas tant que cela finalement. La participation à de telles élections est-elle un signe de plus de domination et de représentation de la femme-objet ou une liberté conquise des femmes de disposer d'elles-même, de leur corps et de leur image ? La réponse n'est sans doute pas tranchée et, dans nos sociétés, elle dépend sûrement moins des motivations et de la personnalité des jeunes femmes qui se présentent que du regard bienveillant ou non et de la conception de l'image et du rôle de la femme de chaque (télé)-spectateur. Dans certains pays, une telle élection peut revêtir, si j'ose dire en parlant de femmes plutôt dénudées, un caractère politique et militant.
Le samedi 8 mars, France 3 diffusera dans le cadre de son émission "Faut pas rever" un reportage sur les conditions dans lesquelles s'est déroulée la première élection de Miss Maroc. Les organisateurs ont reçu quelques 14.000 lettres d'inscription parmi lesquelles une seule comportait une photo de la candidate en maillot de bain 2 pièces sur une plage.
http://guidetv.francetv.fr/
 

  Un document diffusé à l'occasion de la journée de la Femme. Au départ, Anas Jazouli, directeur de l'agence Carrefour 9, pensait réaliser une simple opération marketting. Mais l'organisation du premier concours Miss Maroc s'est peu à peu transformée en véritable combat. Un combat social et cuturel surtout. Car dans une société dont la culture ne repose pas précisément sur la mise en avant du corps, nombreuses sont les candidates qui ont dû lutter pour convaincre leurs propres parents. Finalement, malgré les cris et les polémiques, le concours a eu lieu le 26 octobre 2002. C'est Doja Lahlou, une jeune fille de dix-huit ans, originaire de Fès, qui est devenue la toute première Miss Maroc de l'histoire. Laurent Bignolas l'a rencontrée à Casablanca.
2 - la journée de la femme chaque 8 mars
Faut-il considérer en rageant que les 364 autres (ou 365 pour les années bisextiles) sont a contrario des journées de l'hommes, s'offusquer que l'être humain de sexe féminin soit réduit à une "cause" plus ou moins anecdotique ou désespérée au même titre que, pêle-mêle, la journée sans tabac, la lutte contre le sida ou la journée du patrimoine ? Faut-il se demander à quand un "Fémini-thon" pour récolter des fonds comme pour les maladies orphelines ? ou fait-il au contraire se réjouir qu'une fois par an au moins certains problèmes et faits objectifs soient portés sur le devant de la scène médiatico-politico-sociale ?
Je ne sais pas. Le 8 mars a tendance à m'énerver et j'ai envie de coller des baffes aux hommes qui chaque année trouvent super marrant de me souhaiter ma fête d'un air goguenard et condescendant... ma fête c'est le 22 novembre et je suis une femme tous les jours de l'année avec le même droit au respect et à l'attention dû à tout être humain.
Le problème que je ressens personnellement et très concrètement tous les ans est que ce 8 mars n'est pas pris au sérieux du tout, qu'il fait bien rigoler et que, de l'avis général masculin largement partagé par bon nombre de femmes, ça va bien comme ça, qu'est-ce qu'elles veulent de plus, ça va tout de même nettement mieux qu'avant, ça a toujours été comme ça, on n'est pas pareil, on ne changera pas certaines choses, c'est biologique, etc... et je ne parle que des remarques bienveillantes sans mentionner (ah puis tiens, si, je le fais !) les avis de ceux qui pensent qu'il y a des choses plus importantes que de s'occuper des états d'âmes de "bonnes femmes" (je déteste cette appellation) présentant selon eux toute une variété de troubles allant de la frustration à l'hystérie en passant par tout un tas de nuances adjectives et fleuries parmi lesquelles "emmerdeuses", "chieuses" ou "mal baisées" ont toujours la cote.
La journée de la femme du 8 mars n'est pas un progrès, encore moins une victoire. Elle dresse un constat ce qui est positif et, quelque part, elle l'officialise ce qui l'est déjà nettement moins. Je rêve qu'un jour cette journée n'ait plus de raison d'être et ne soit donc plus célébrée en attendant je la subis plus que je ne la célèbre en m'étonnant un peu de l'ironie qui fait qu'elle se déroule en Mars, mois masculin par excellence !!!
En attendant j'irai surement manifester place de la République samedi après-midi.
http://www.france5.fr/cdanslair/D00063/273/81461.cfm
http://www.france5.fr/cdanslair/ : Quelques données chiffrées et points de réflexion sur le site de France5 (émission C DANS L'AIR présentée par Yves Calvi du 6 mars 2003)
Quelques livres  

 
Le Deuxième sexe - Simone de Beauvoir
Ainsi Soit-elle - Benoîte Groult
L'histoire du féminisme - Michèle Riot-Sarcey
Histoire des femmes - 5 tomes sus la direction de Georges Duby et Michelle Perrot
Libération des femmes les années mouvements - Françoise Picq
Citoyennes ! Il y a 50 ans le vote des femmes - Albert et Nicole du Roy
Citoyennes - Les femmes et la révolution française - Annette Rosa
Backlash - Susan Faludi
The Cinderella Complex - Women's hidden fear of independence - Collette Dowling
You just don't Understand - Women and men in conversation - Deborah Tannen
Les mots et les femmes - Marina Yaguello
Les romans de Annie Ernaux, Edith Wharton, Simone de Beauvoir...
L'un et l'autre sexe - Margaret Mead
La citoyenne paradoxale - Joan W. Scoot
Les hommes et les femmes - Françoise Giroud & Bernard-Henri Lévy
L'un est l'autre - Des relations entre hommes et femmes - Elisabeth Badinter
La rouge différence ou les rythmes de la femme - F. Edmonde Morin
Le mal joli - Accouchements et douleur - Claude Revault d'Allonnes
La femme dans les contes de fées - Marie-Louise von Franz
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