par Guy article déposé le 18/06/2006 lu 689 fois
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Le mot "lek" qui au pluriel prend un s permet parfois de remporter une partie de scrabble si vous le placez au bon moment et au bon endroit , sur une case lettre compte triple par exemple.
Mais ne connaître de l'Albanie que sa monnaie, c'est un peu court vous en conviendrez.
Dans mon entourage, les plus cultivés ajoutent Tirana.Citer toutes les capitales des Balkans
y compris Podgornica, celle du Monténégro, est, de nos jours, un passage obligé pour qui se targue d'un minimum d'instruction.
Lorsqu'on les bouscule un peu les plus vieux se souviennent du nom d'Enver Hoxha qu'ils présentent comme l'archétype du dictateur mégalomane et communiste qui isola son pays du reste du monde et mourut en 1985.
Et les gens ... les Albanais ?
Ah oui, les Albanais.
Après un silence gêné on vous chante la même antienne : des êtres désespérés, misérables, au regard farouche qui ,encadrés par des mafieux, "se ruent sur des cargos en partance pour l'Italie pour fuir une société rongée par l'enfermement."
A quelques semaines de l'ouverture du festival de cinéma de Douarnenez consacré au cinéma des Balkans j'ai voulu en savoir plus sur l' Albanie, " le pays où l'on ne meurt jamais " .
Me débarrasser de quelques préjugés, faire table rase de quelques lieux communs, faire la chasse aux idées reçues qui insidieusement se sont installés dans mon esprit.
Et le faire avec le concours de deux écrivains albanais,Fatos Kongoli et Ornela Vorpsi.
"Le paumé" de Fatos Kongoli , au moment de lever l'ancre , renonce à fuir et revient à Tirana. Il nous fait le récit sans complaisance de ses jeunes années, les années 60 et 70.
"Notre enfance s'est passée sous la trique et ça continue, c'est de là que vient le mal, car la trique laisse des marques indélébiles"
"Le destin n'est qu'un imposteur sournois. Chaque fois qu'il me tend la main c'est pour mieux m'assommer."
"Et quand on s'habitue aux coups plus rien ne compte"
Un paumé qui, sa vie durant va expier la faute d'un oncle maternel qui ,de garde à un poste frontière pendant son service militaire, a franchi la ligne avec deux copains
" Un fuyard un déserteur , la honte de la famille " .
Ornela Vorpsi , dans so livre Le pays où l'on ne meurt jamais décrit avec finesse et ironie les étapes de son éducation albanaise dans les années 70 / 80.
"Le pays où l'on ne meurt jamais est fait de poussière et de boue, le soleil y brille au point que parfois les feuilles de vigne rouillent et la raison se met à fondre"
Un père , prisonnier politique, interné pour avoir constaté qu'à l'approche de la nouvelle année il n'y avait plus de pommes de terre sur le marché.
Interné car" prétendre qu'il n'y a plus de pommes de terre sur un marché signifie semer la panique parmi les gens. Alors que la mère Parti prévoit le bien du peuple avec ses plans quinquennaux."
Verdict : sept ans d'emprisonnement.
Nous sommes en Albanie. On ne plaisante pas.
"Dans notre pays où l'on ne meurt jamais,où les corps sont faits de plomb nous avons un adage très profond " Vis que je te haïsse et meurs que je te pleure "
La mort impose le respect."
Le chapitre Jardin d'enfance m'a fortement secoué . Marier l'insouciance des jeunes années de deux fillettes et la tragédie vécue par la Nona,leur grand -mère. Un texte fort !
Ces deux livres m'ont beaucoup apporté. Je me propose d'en lire quelques autres.
Et cerise sur le gâteau .. J'ai acheté le livre d'Ornela Vorpsi d'occasion ( état neuf ) par l'intermédiaire de chapitre.com. Je l'ouvre. Surprise.... il est dédicacé par l'auteure
" Cher Manuel, Partie remise, Amitié " Ornela Vorpsi
Je ne suis pas le destinataire de cette dédicace mais je me sens plus proche de l'auteure et, partie remise, je me lance dès ce soir dans la lecture de son livre "Buvez du cacao Van Houten " publié en 2005 chez Actes Sud.
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